New York, 23 Avril 1839 – New York, 28 Octobre 1927

Mary L. Stone est née à New York dans une famille très aisée. Son père, Joël Stone, était un important importateur mandataire à New York City. La famille vivait sur Barclay Street, dans le bas de la ville. Elle était la dernière de quatre enfants, ayant trois frères plus âgés qu’elle : Joël, né en 1827 qui s’établit en Angleterre, Charles Francis, né en 1834 qui voyagea en Europe, étudia à Harvard et devint un avocat à la « G B’s Oxford University branch » de New York. Parmi ses clients, il avait Thomas Edison (1847-1931) qu’il aida financièrement dans ses recherches très fructueuses concernant l’électricité. Sa famille et lui menaient grand train dans la Haute Société. Ensuite vint Robert, né en 1838, qui étudia la médecine puis s’installa comme médecin en Californie.
En 1844, suite au décès du père de Mary L. Stone, sa mère s’installa à Nice (à cette époque appartenant au Royaume de Sardaigne) avec ses trois enfants pour rejoindre son oncle qui y était en poste comme Consul des États-Unis.
La mère de Mary L. Stone revint aux US et, peu après son décès dans le Connecticut en 1854, Mary fut envoyée dans la très prestigieuse « Miss Porter’s School » de Farmington, très chic école de cet état. Pour information, Jacqueline Bouvier (1929-1994), future Première Dame des États Unis, a également étudié dans cette école.

Dans les années 1860, Mary L. Stone illustra au moins neuf livres d’enfants. En 1870, elle intégra les éditions du « Riverside Magazine ». Elle illustra, au côté de dessins de Wilhelm Pedersen (1820-1859), deux éditions américaines des livres de Hans Christian Andersen (1805-1875).

En 1863, Mary L. Stone loua un studio au troisième étage d’un immeuble de NYU (New York University), abritant la « National Academy of Design ». L’installation d’une femme en ces lieux était surprenante. Les résidents, tous masculins, eurent une réaction très réticente mais le soutien de son professeur, Edwin White (1817-1877), l’aida à y justifier sa présence.
Un article dans « Greenwich Village History Interesting People, Interesting Places » indique que, jusqu’en 1860, les femmes n’étaient pas admises dans la bibliothèque de l’université. Aucune mixité n’était admise entre les étudiants et dans les parties communes.
A première vue, on peut penser que son installation au troisième étage correspondait à un désir de contingenter les femmes dans une seule partie du bâtiment mais, en fait, il semblerait qu’elle ait choisi cet emplacement car il était voisin de celui de son Professeur, Edwin White. En ceci, elle suivait les pas d’artistes comme Daniel Huntington (1816-1906), étudiant à l’université et voisin de Samuel F. B. Morse (1791-1872) qui fut, par deux fois, président de la « National Academy of Design ».

Durant les années 1868 – 1870, Mary L. Stone eut un succès non négligeable.
En 1868, année où elle quitta son studio de NYU, une publication universitaire, The Ladie’s Repository, fit la promotion de son travail en écrivant : « Mlle Stone montre beaucoup de fantaisies et un œil exercé pour assembler une composition et se trompe rarement dans la reproduction d’une figure humaine ».
Cette même année 1868, dans un article appelé « History of Greenwich Village » de la revue de NYU, il est indiqué qu’elle partit pour s’installer quelques temps à Écouen.
Il parait probable que Mary L. Stone y séjourna jusqu’au début de la guerre de 1870 mais nous n’en avons aucune preuve.
En 1873, le Harper’s Weekly Magazine publia ses illustrations concernant la période de reconstruction de la Caroline du Nord.
Cinq années plus tard, l’écrivain et artiste Horace Judson Rollin (1845-1935), dans son livre « Studio Field and Gallery Manual of Painting : A manual of painting for student and amateur », nomma Mary L Stone, au côté de Mary Cassatt, comme méritant une mention spéciale dans la liste des artistes féminines. Peu de temps ensuite, elle retourna rejoindre la Colonie des peintres d’Écouen.

En 1879, Mary L. Stone exposa, au Salon de Paris, une toile intitulée « L’Angélus ».

En 1880, elle vivait chez son frère, Charles Francis Stone. Il aménagea un studio pour Mary dans une maison de vingt pièces. John James Audubon (1785-1851) l’avait fait construire pour son fils. Charles Francis Stone était à la tête d’une grande famille incluant neuf enfants. Dans la famille Stone, Mary, était appelée « Aunt Polly » (Tante Polly).

En 1881, Cornelia Conant (env. 51 ? – 1935) et Mary L. Stone étaient ensemble à Écouen. En février de cette même année, elles écrivirent, dans leur livre de voyage : « nous voyons de nombreuses belles choses, comme des tapisseries anciennes, de fantastiques meubles, des bronzes, des porcelaines chinoises originales ». Toutes ces belles choses ont été détruites par les Prussiens pendant la guerre de 1870.

Cette même année 1881, un journaliste du New York Times écrivit : « Une grande quantité de peintures de Mary L. Stone fut expédiée en Amérique ce qui a grandement aidé pour faire reconnaitre, des deux côtés de l’Atlantique, la réputation de ce pays à produire des artistes de qualité ».

En 1885, Cornelia Conant publia 10 pages dans le magazine « Harper’s New Monthly » concernant sa visite à Écouen en compagnie de Mary L. Stone.

De retour à New York, Mary L. Stone habita sur 12th Street and Fifth Avenue South, proche de Cornelia Conant qui vivait à Brooklyn.
En 1895, elle créa, avec Victoria Earle Matthews (1861-1907), née en esclavage, une organisation éducative appelée « The White Rose Mission for Working Colored Girls ». Les réunions de direction se tenaient dans la maison de Mary L. Stone. Elle a toujours été membre bienfaitrice et l’année de ses quatre-vingt ans, elle devint présidente de « White Rose Society ».

Elle n’a jamais été mariée et n’a pas eu d’enfant.

Les funérailles de Mary L. Stone, le 28 octobre 1927, se sont déroulées en l’église St. George Episcopalian de New York. Une chorale noire a chanté, durant le service, un vieux negro spiritual bien connu : « Swing low sweet chariot ».
Elle est enterrée près de son frère, au cimetière Greenwood de Brooklyn (lot 2470, section 22).

En 2019, un tableau en bon état de Mary L. Stone, peint en Normandie, représentant une femme et ses enfants, a été vendu par la prestigieuse galerie londonienne Thomas Agnew & Son.

Mary L. Stone était une femme qui avait pris en mains sa propre carrière. Cependant, durant tout le siècle passé, son nom a été oublié d’être mentionné dans la liste des artistes ayant vécu dans l’enceinte de l’Université.
Il est temps, au XXIème siècle, de replacer Mary L. Stone parmi ses plus grands artistes contemporains.